Business fatigue

Tu as évolué, ton activité pas.

Tu procrastines sur des tâches que tu faisais les yeux fermés. Tu t'épuises sur ce qui devrait couler. Tu as envie de tout refaire — ton site, ton offre, ou de tout plaquer. Tu décroches en plein travail. Et tu regardes les autres en te disant qu'ils ont compris un truc que tu as raté.

Tu crois que tu manques de discipline. Que c'est la surcharge. Que c'est le marché.

Ce n'est rien de tout ça.

C'est ce que j'appelle la business fatigue. Et ce n'est pas un défaut de volonté : c'est le signe qu'un écart s'est creusé entre toi et ton activité. Le plus souvent parce que tu as évolué, mais pas elle. Parfois parce que le monde a changé plus vite que ton marché. Un désaccordage qui s'est opéré, malgré toi.

Je l'ai connue deux fois, en tant qu'indépendante — une fois de chaque manière.

La première fois, c'est le monde qui a bougé plus vite que mon marché.

C'était en 2020. Depuis un moment déjà, tout me semblait de plus en plus absurde. Mais quand le monde s'est pétrifié avec le Covid et que tout ce qui n'était pas possible jusque-là — le télétravail, dialoguer avec sa banque à distance, échanger par email avec une administration, voter à distance, faire ses séances sur Zoom plutôt que de se déplacer — est devenu non seulement possible mais souhaitable… Moi qui me battais contre des murs depuis des années pour accélérer la digitalisation des entreprises, je voyais le non-envisageable se déployer d'un coup, à grande échelle, sans la moindre préparation.

Les outils s'intégraient sans le moindre changement de mentalité. Le contrôle devenait obsédant — vérifier que les employés travaillaient bien depuis chez eux. L'inverse exact du changement culturel nécessaire pour soutenir un tel déploiement. Et pour les utilisateurs, une violence accrue : chaque institution créant sa plateforme, imposant sa façon d'y accéder, obligeant à ouvrir des comptes, des identifiants… les entreprises infligeant la même chose à leurs clients et à leurs employés. Tout devenait plus fragmenté que jamais — l'inverse même du but de la digitalisation.

J'ai perdu la foi. Crise de la quarantaine, crise existentielle professionnelle, allez savoir. Même face à la réalité, les discours internes des entreprises patinaient en 1950 — comme s'ils refusaient l'enjeu de fonctionner dans le monde réel et d'en adopter les règles en se servant de la jeune génération comme moteur. J’avais perdu la foi en la capacité du monde corporate a vivre avec son temps.

Alors je me suis détournée de mon métier. J'ai fait les marchés. J'avais besoin de fonctionner dans le monde réel, connectée à ce que les gens vivaient, à ce à quoi ils aspiraient.

Et à mesure que cette boucle se refermait, l'envie est revenue. Revenir à mes amours : le marketing, le web, le monde qui change, la technologie, l'humain. J'ai recommencé à me redéfinir, à monter des projets. Des sites pour de petites entreprises. Mais cette fois, je m'autorisais à les ancrer dans le réel de la personne — qui elle était, ses compétences, ses prestations, pas son narratif — et dans le monde qui change. Je me sentais à ma place, de nouveau. Avec un positionnement plus affirmé et des talents encore plus aiguisés.

La seconde fois, c'est moi qui ai bougé plus vite que mon activité.

C'était en 2023. Ce crash-là porte un nom : la ménopause. Mon monde a basculé d'un coup. Privée de toute capacité de régulation, je me suis révélée telle que j'étais depuis toujours : autiste, en plus du HPI repéré cinq ans plus tôt. Ma reconfiguration a pris deux ans. Deux ans pour digérer, intégrer le soulagement, me redécouvrir et mieux comprendre mon parcours chaotique. J'ai tout suspendu durant cette période. J'avais perdu tout intérêt pour autre chose que moi.

Mais contrairement à la première fois, où l'envie avait été la plus forte et s'était réimposée à moi rapidement, retomber sur mes pattes a été difficile. J'ai dû reposer mon axe — mes valeurs, mes envies, mes aspirations, mes forces — et apprendre à mieux voir mes angles morts. En un mot : reconstruire mes fondations.

Savoir qui j'étais vraiment, ce en quoi j'étais douée, ce qui m'animait. Puis bâtir un projet solide et aligné à moi. Le positionner, le peaufiner, l'incarner. Le sentir vibrer aussi fort que je respire.

Dans les deux cas, un éccart s’est formé, indépendamment de ma volonté.

La business fatigue n'est pas une fatalité.

Le seul moyen d'en sortir, c'est de te poser et de sonder : ce que tu aimes vraiment, ce qui t'anime désormais, ce qui te ferait envie — ce qui te fait un peu peur, aussi, mais te stimule.

Ce retour à qui tu es n'est pas forcément un virage à 180 degrés. On évolue sur une trame cohérente : ce qui t'appelle n'est jamais très loin de qui tu es. Souvent, c'est une part de toi que tu n'as pas laissée s'exprimer suffisamment — pas quelque chose d'exotique.

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Pour ce genre de « symptôme », je propose des séances de sparring. On part de ce que tu vis, on remonte à ce qui s'est désaccordé, et on rouvre les pistes où il te reste de l'énergie — celles qui te ressemblent encore. Tu en ressors avec un axe que tu peux nommer, et une direction qui vibre à nouveau.